LE FONDS STENDHAL DE LA BIBLIOTHEQUE MUNICIPALE DE GRENOBLE: 

CATALOGAGE, EXPLOITATION ET VALORISATION. 

 (Resp. Cécile Meynard)

ETAT DES LIEUX

La Bibliothèque de Grenoble conserve depuis plus d'un siècle la quasi totalité des manuscrits laissés par Stendhal à sa mort. Cet ensemble de plus de seize mille feuillets pour plus de vingt mille pages compte parmi les plus importants des fonds de manuscrits littéraires modernes et par sa taille et par la présence de textes majeurs : Lucien Leuwen, Vie de Henry Brulard, Lamiel, Vie de Napoléon.

De tels chiffres ne permettent de mesurer l'importance du fonds qu'à la condition de les affecter d'un coefficient d'hétérogénéité non négligeable. A côté des manuscrits des grandes oeuvres posthumes y figurent des séries aléatoires de correspondances, de brouillons et ébauches de textes romanesques, dramatiques, de récits de voyages, de pages de journal, de notes de lectures, de pensées, d'essais critiques ou esthétiques, historiques ou littéraires, de papiers divers, etc., etc. A cette disparité s'ajoutent encore les séquelles de son histoire.

1 Bref historique du fonds 

Continuellement enrichi depuis un siècle, ce fonds est constitué pour l'essentiel par le Don Crozet : dépôt fait en 1861 par la veuve de cet ami de Stendhal de tous les papiers recueillis à sa mort par son exécuteur testamentaire, Romain Colomb, qui en avait effectué en 1844 et 1845 un inventaire et une esquisse de description. Hormis les investigations nombreuses mais partielles, limitées à la recherche  de fragments posthumes ou à la révision d'éditions antérieures, aucune exploitation ni valorisation systématique n'en fut jamais faite. Encore celles-ci n'avaient-elles commencé que dans les années 1880 avec le catalogue des manuscrits évoqué plus haut et la publication systématique de tous les textes posthumes. Or si ces "éditeurs" successifs ne cessèrent plus depuis lors d'en exploiter les ressources, ils ne semblent pas s'être souciés outre mesure de son classement et des raisons d'être de celui-ci.

A côté des quelques grands manuscrits dont certains (Leuwen, Vie de Henry Brulard.) furent reliés, luxueusement même, du vivant de l'auteur, il est constitué pour l'essentiel de "papiers divers" (liasses, cahiers, dossiers, ébauches, correspondances). Une fois sommairement inventoriée, cette masse fut reliée pour l'essentiel dès 1884. Plus de cinq mille feuillets furent alors arbitrairement répartis dans les vingt-huit volumes d'un Recueil factice, créés sur le seul critère du format, sans souci des contenus ni de la chronologie, sans tenir le moindre compte des indications laissées par Colomb en 1844 et surtout 1845. Il n'existe donc depuis lors, à côté des "grands manuscrits" qui, quoique publiés sans cesse et republiés, ne firent eux non plus l'objet d'aucune étude sérieuse, qu'un immense corpus informe qui ne fut durant des décennies qu'une réserve où chasser l'inédit oublié ou la "variante" inespérée autorisant à présenter une nouvelle édition revue et corrigée d'après le manuscrit.

2. Un catalogage à revoir 

De ce fonds n'existait encore récemment que l'inventaire plus que sommaire qui avait été dressé par le Conservateur Maignien pour le volume VII, Grenoble,  du Catalogue général des manuscrits des Bibliothèques publiques de France, 1889. Déjà réduit au minimum, il ne tenait compte que de façon incomplète, même dans ses mises à jour, des acquisitions effectuées depuis un siècle.

V. Del Litto, avec la collaboration de Paul Hamon, ancien Conservateur en chef, en a donné un nouveau, plus détaillé (Bibliothèques de Grenoble, 1995), et qui constitue à l’heure actuelle le document le plus complet, et la seule référence dont on dispose. Mais par la force des choses il est d’ores et déjà obsolète puisque n’y figurent pas les récentes acquisitions de la bibliothèque municipale. Et par ailleurs, certains partis-pris méthodologiques peuvent être contestés, par exemple celui de classer les manuscrits à partir de catégories éditoriales créées dans le cadre d'Oeuvres Complètes, ou la dimension extrêmement réduite de la description manuscriptologique, qui manque parfois de rigueur ; l'indication des contenus est inexistante, au mieux aléatoire, l'indexation réduite à un index nominum.

Il était donc urgent  d'entreprendre une étude manuscriptologique systématique et exhaustive pour tenter d'y introduire, à partir de critères méthodologiquement sûrs, la rationalité qui en ferait un "objet" scientifique.

Tous ces éléments confirment, s'il en était besoin, la nécessité pour un tel catalogue, d'utiliser, en raison de la masse de ce fonds et de son état de conservation, les ressources d'interactivité et de consultation à distance de l'édition sur écran